D’où vient vraiment l’origine Labubu et son image démoniaque ?

Labubu est né en 2015 sous le crayon de l’illustrateur hongkongais Kasing Lung, dans l’univers narratif The Monsters. Avant d’être une figurine en blind box, le personnage existait dans des livres illustrés, ancré dans un bestiaire inspiré du folklore nordique. L’origine Labubu est donc artistique, pas commerciale, et cette distinction éclaire autant son esthétique que la rumeur démoniaque qui l’entoure.

Kasing Lung et le folklore nordique derrière Labubu

Le travail de Kasing Lung puise dans les légendes scandinaves et les créatures sylvestres des mythologies du nord de l’Europe. Elfes, trolls, esprits des forêts : son vocabulaire visuel repose sur des figures ambivalentes, ni tout à fait bienveillantes, ni menaçantes. Labubu hérite de cette tradition, avec ses grandes oreilles, sa dentition pointue et son sourire ambigu.

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La confusion fréquente avec une esthétique démoniaque vient d’une lecture contemporaine décontextualisée. Les dents acérées et les yeux ronds de Labubu évoquent, pour un public non familier du folklore nordique, des codes visuels associés aux représentations de démons dans la culture occidentale. Kasing Lung n’a jamais revendiqué de lien avec la démonologie mésopotamienne ou toute autre tradition infernale.

L’univers The Monsters regroupe plusieurs créatures partageant cette grammaire visuelle. Labubu n’est pas un cas isolé dans le travail de Lung, mais un personnage parmi d’autres monstres bienveillants pensés pour des albums jeunesse. Le registre est celui du merveilleux, pas de l’horreur.

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Collection de figurines Labubu dans une vitrine murale en béton d'un appartement moderne, présentant différentes versions avec fourrure colorée et packaging d'origine

De l’illustration de niche au phénomène blind box Pop Mart

Le basculement vers la popularité mondiale s’opère en 2019, quand Pop Mart obtient les droits de diffusion et industrialise la distribution via le modèle blind box. Ce format, où l’acheteur ignore quelle figurine il recevra, transforme un objet de niche en produit de masse doté d’une mécanique de collection addictive.

Le passage de l’album illustré à la figurine modifie la réception du personnage. Dans un livre, Labubu existe dans un contexte narratif qui explique sa nature. En blind box, il devient une silhouette isolée, interprétable librement. C’est ce déracinement narratif qui a ouvert la porte aux lectures conspirationnistes.

Pourquoi le circuit de distribution change la perception

Pop Mart vend dans des centres commerciaux et via des distributeurs automatiques, touchant un public qui n’a jamais lu The Monsters. Ces acheteurs découvrent Labubu sans filtre narratif. Ils voient une créature aux dents pointues, sans savoir qu’elle appartient à un bestiaire de conte nordique. L’absence de contexte originel alimente les théories.

La mécanique blind box ajoute une dimension de hasard perçu comme mystérieuse. Certains collectionneurs attribuent une charge symbolique à la figurine reçue, ce qui nourrit un terrain fertile pour les interprétations ésotériques sur les réseaux sociaux.

Labubu et Pazuzu : anatomie d’une rumeur virale TikTok

La comparaison entre Labubu et Pazuzu, démon mésopotamien popularisé par le film L’Exorciste, est un produit natif de TikTok. Des vidéos virales superposent des images de Labubu et des représentations antiques de Pazuzu, soulignant des similitudes visuelles superficielles : cornes ou oreilles pointues, bouche ouverte, posture trapue.

La ressemblance repose sur un biais de confirmation. Pazuzu est représenté avec des ailes, un corps hybride humain-animal et une fonction apotropaïque dans la mythologie mésopotamienne. Il n’existe aucun lien officiel entre Labubu et Pazuzu. Les descriptions fournies par Kasing Lung et Pop Mart ne mentionnent ni démonologie, ni source mésopotamienne.

Comment la panique morale se construit en ligne

Le mécanisme suit un schéma documenté sur les réseaux sociaux :

  • Un créateur de contenu identifie une ressemblance visuelle entre deux éléments sans lien historique et produit une vidéo à fort potentiel émotionnel
  • L’algorithme de recommandation amplifie le contenu, car les vidéos anxiogènes génèrent un engagement supérieur aux contenus informatifs neutres
  • Des reprises successives ajoutent des couches interprétatives (numérologie, symbolisme des couleurs, lectures bibliques) qui renforcent la perception d’un « dossier » solide
  • Les démentis factuels, moins engageants, restent marginaux dans le flux algorithmique

La rumeur Pazuzu n’est pas le premier cas de panique morale liée à des jouets. Les poupées Troll dans les années 1990, puis les Furbys, ont traversé des cycles similaires d’accusations démoniaques sans fondement factuel.

Jeune femme asiatique tenant un porte-clés Labubu accroché à son sac de luxe dans une rue animée d'une métropole asiatique avec enseignes lumineuses en arrière-plan

Influences réelles du design Labubu : elfes, trolls et culture pop asiatique

Pour comprendre l’esthétique de Labubu, nous observons qu’il faut la replacer dans le courant du cute-creepy propre au design de figurines asiatique. Ce registre, qui mêle traits enfantins et éléments légèrement inquiétants, est un code stylistique répandu dans la culture pop hongkongaise et japonaise depuis plusieurs décennies.

Les dents pointues de Labubu ne signifient pas « démon ». Dans le folklore nordique dont s’inspire Kasing Lung, les créatures des forêts possèdent souvent une dentition animale, signe de leur appartenance au monde sauvage. Le sourire de Labubu est espiègle, pas menaçant : il appartient à la même famille visuelle que les trolls scandinaves représentés dans l’illustration jeunesse européenne.

La fourrure, les proportions rondes et les yeux larges de Labubu relèvent de la grammaire kawaii détournée. Le design joue sur la tension entre attraction et légère inquiétude, un ressort narratif que Kasing Lung exploite volontairement pour créer un attachement émotionnel complexe.

Pourquoi la question démoniaque persiste autour des poupées Labubu

La persistance de la rumeur tient à trois facteurs structurels. Le premier est l’échelle de diffusion de Pop Mart, qui a vendu des volumes considérables de figurines dans des dizaines de pays, rendant Labubu omniprésent sans offrir de récit d’accompagnement. Le deuxième est la mécanique algorithmique de TikTok, qui récompense les contenus polarisants. Le troisième est la méconnaissance du folklore nordique par une large partie du public qui découvre Labubu via les réseaux sociaux.

L’image démoniaque de Labubu est une construction de réception, pas une intention de création. L’origine du personnage est documentée et sans ambiguïté : un illustrateur hongkongais, un univers de conte, des créatures forestières nordiques. La légende noire Pazuzu raconte davantage l’état des réseaux sociaux que l’histoire de Labubu.